🧠Triofacts 🎲 Surprends-moi
Triofacts › Histoire
Histoire

Les surnoms grossiers qui montrent le mélange des cultures en 1066

Les surnoms grossiers de l'époque de la conquête normande témoignent que les Anglais, les Scandinaves et les Normands vivaient côte à côte et confondaient leurs noms.

21 Oct 2026 · 3 min · 1 sources · Français

Certains surnoms employés vers l'an 1066 sont assez grossiers pour qu'un magazine d'histoire en fasse ses gros titres : un mot pour désigner les parties intimes d'un homme, un mot pour un enfant né hors mariage, et un surnom à propos d'un gros derrière. Ces surnoms ne sont pas qu'une plaisanterie. Ce sont les vestiges d'un pays où Anglais, Scandinaves et Normands vivaient ensemble, se mariaient entre eux et se trompaient sur leurs noms respectifs.

Cols de cygne, durs souverains et belles dames

Au XIe siècle, une personne portait souvent un second nom, un surnom, qui disait quelque chose d'elle. L'épouse non officielle de Harold Godwinson était connue sous le nom d'Edith Swanneshals, ou Col de cygne. Une femme du même monde figure dans le Domesday Book sous le nom d'Edeva Pulchra, qui signifie La Belle ; elle y est décrite comme incroyablement riche, et l'on suppose souvent qu'il s'agit de la même personne, sans que cela soit certain.

Les hommes portaient le même genre d'étiquette. Le roi norvégien qui attaqua l'Angleterre en 1066 était Harald Hardrada, le Dur Souverain. Des rois anglais plus anciens en avaient aussi : Æthelred le Malavisé et Eadwig le Tout-Beau. Les surnoms étaient des mots de tous les jours sur l'apparence, le corps et le caractère, attribués par ceux qui vous connaissaient.

Un seul nom, plusieurs reines

La tapisserie de Bayeux, la célèbre broderie de la conquête, ne comporte que 15 noms, et un seul appartient à une femme. Elle est désignée par ÆLFGYVA, ou Ælfgifu, et personne ne sait qui elle était. Cela tient en partie au fait que ce nom était extrêmement courant. Trois reines anglaises s'étaient appelées Ælfgifu au tournant de ce siècle : les épouses d'Edmund Ier (règne 939–46), d'Eadwig le Tout-Beau (r. 955–59) et d'Æthelred le Malavisé (r. 978–1013 et 1014–16). La broderie montre une figure nue dans la bordure sous elle, ce qui pourrait suggérer un scandale.

Lorsqu'Æthelred épousa Emma de Normandie, la grand-tante de Guillaume le Conquérant, celle-ci reçut un nouveau nom anglais : Ælfgifu. Après la mort d'Æthelred, elle changea de camp et épousa en 1017 le nouveau roi danois d'Angleterre, Cnut, remplaçant son épouse précédente, qui s'appelait elle aussi Ælfgifu. Harold Godwinson avait également une sœur nommée Ælfgifu. N'importe laquelle de ces femmes pourrait être celle nommée dans la broderie.

Des noms qui se ressemblaient

Au XIe siècle, plusieurs noms en étaient venus à se ressembler :

  • Eadgyth (Edith)
  • Eadgifu (Edeva)
  • Ealdgyth (Aldith)
  • Ealdgifu (Aldeva)

Les scribes normands qui couchaient par écrit des noms anglais peu familiers ont aggravé la confusion, et les auteurs plus tardifs les ont tous fusionnés en un seul nom moderne, Edith. Cette confusion nous accompagne encore. Dans la série de la BBC King and Conqueror (2025), trois femmes appelées Edith ont été rebaptisées pour ne pas perdre les téléspectateurs : Edith Col de cygne a gardé son prénom, Edith de Wessex est devenue Gunhild, et Edith de Mercia est devenue Margaret. L'ironie, c'est qu'elles n'ont peut-être pas toutes porté ce nom au départ.

Quelque chose de similaire s'est produit chez les hommes. Hastings fut la dernière de trois grandes batailles qui décidèrent du sort de l'Angleterre en 1066, et les deux rois rivaux au cœur des événements portaient presque le même nom : Harold Godwinson et Harald Hardrada. Les raids vikings qui commencèrent au VIIIe siècle furent spectaculaires, mais c'est l'installation durable et les mariages entre Anglais autochtones et nouveaux venus scandinaves qui laissèrent la marque la plus profonde. Les noms scandinaves devinrent largement répandus dans toute l'Angleterre.

Ainsi, le surnom grossier, la reine en double et le surnom sur un derrière survivent tous du même enchevêtrement de peuples et de langues.