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Histoire

Francis Drake, héros de l'Angleterre, était aussi un pirate et un négrier

L'homme que l'Angleterre célèbre pour avoir fait le tour du monde et vaincu l'Invincible Armada pillait aussi des navires, trafiquait des êtres humains réduits en esclavage et laissait ses propres compagnons se faire capturer.

24 Oct 2026 · 3 min · 1 sources · Français

L'Angleterre se souvient de sir Francis Drake comme de l'homme qui a fait le tour du monde et contribué à vaincre l'Invincible Armada, et il fut l'un des héros les plus populaires de son temps. Il était aussi un pirate qui attaquait et pillait navires et ports, un marchand d'Africains réduits en esclavage, et un commandant qui abandonnait ses propres compagnons lorsque ceux-ci étaient en difficulté. Les deux choses sont vraies du même homme. Les récits qui nous sont parvenus se divisent selon les nations : les rapports espagnols s'attardent sur sa cruauté, tandis que les anglais ont tendance à minimiser la violence.

Le pape le qualifia de grand capitaine

À la fin de l'été 1588, alors que l'Invincible Armada rentrait péniblement après sa défaite, le pape Sixte V s'entretenait de Drake avec Giovanni Gritti, l'ambassadeur de Venise à Rome. Le pape demanda qui était Drake et de quelles forces il disposait, puis énuméra ce que l'Anglais avait déjà accompli : il avait brûlé 25 navires du roi d'Espagne à Gibraltar, nommé dans la source Cadix, et autant à Lisbonne. Il avait pillé la flottille et mis à sac Saint-Domingue. « Sa réputation est si grande que ses compatriotes se pressent auprès de lui pour partager son butin », dit le pape. Il qualifia Drake de grand capitaine.

Voilà l'énigme en une seule scène. Le corsaire le plus redouté de l'Atlantique n'était, pour le chef de l'Église catholique, qu'un brillant marin. Drake s'était élevé en une vingtaine d'années, de modestes origines dans le Devon rural à une grande fortune et à la puissance, et sa renommée s'était répandue dans toute l'Europe.

Il rentra au pays et laissa ses compagnons derrière lui

Drake naquit vers février ou mars 1540 près de Tavistock, dans le Devon. Son père, Edmund, taillait le drap de laine et était prêtre, et la famille s'installa dans le Kent à la fin des années 1540. Francis ne partit pas avec elle. Il rejoignit Plymouth pour vivre chez son parent William Hawkins, et c'est là qu'il apprit la mer.

Le fils de William, John, lança quatre expéditions négrières dans les années 1560, soutenues par de grands courtisans et plus tard par la reine Élisabeth elle-même. Drake y participa. Lors de la quatrième, qui quitta Plymouth en 1567, il commandait une petite barque appelée la Judith. En septembre 1568, les Espagnols battirent Hawkins au fort insulaire de San Juan de Ulúa, sur la côte de la Nouvelle-Espagne, aujourd'hui Veracruz au Mexique. Drake ne prit pas d'hommes à bord du Minion surchargé pour aider les équipages en détresse. Il ramena la Judith en Angleterre. Hawkins écrivit que la Judith « nous abandonna dans notre grande misère ». Il dut débarquer 96 hommes sur le rivage, et beaucoup furent capturés et exécutés par les Espagnols. Le voyage rapporta néanmoins un profit considérable, et la carrière de Drake n'en souffrit pas.

Un pirate muni d'une licence royale

Dans les années 1570, les Anglais qui s'estimaient lésés par cette défaite se mirent à attaquer les navires et les territoires espagnols dans les Caraïbes. À partir de 1572, la couronne anglaise autorisa Drake à attaquer les forces et les colonies espagnoles, ce qui le fit passer de pirate à ce qu'on appelait un corsaire : un assaillant muni d'une autorisation officielle. Les Espagnols ne reconnaissaient pas cette distinction.

En 1571, il commandait une petite pinasse, le Swan, au sein d'une flotte plus importante et, avec des pirates français, attaqua des établissements du Panama. Au Panama, il travailla avec les cimarrons, des personnes qui avaient échappé à l'esclavage espagnol, qui lui donnèrent des informations sur les défenses espagnoles, guidèrent ses hommes, les ravitaillèrent et combattirent à leurs côtés. En 1579, son navire attaqua un vaisseau au trésor espagnol transportant or et argent, dont le surnom était trop grossier pour être reproduit ici. Il devint le premier Anglais à faire le tour du monde, puis un chef de la flotte qui vainquit l'Armada. Le héros et le pillard n'ont jamais été deux hommes différents.