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Au XVIIIe siècle, on aurait bu le sang d'un vampire présumé

Les récits imprimés de cadavres agités se sont multipliés à un tel point au XVIIIe siècle que des gens auraient mangé les organes d'un vampire présumé et bu son sang, parfois avec de la vodka.

26 Oct 2026 · 3 min · 2 sources · Français

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la peur des vampires a atteint des sommets extraordinaires, et les récits imprimés à leur sujet sont devenus extrêmes. Ceux qui croyaient qu'un voisin mort sortait de sa tombe ne se contentaient pas de lui trancher la tête ni de poser des faucilles en travers du cou. Ils auraient aussi mangé les organes d'un vampire présumé et bu son sang, parfois mélangé à de la vodka, espérant empêcher les morts de nuire aux vivants.

Ce que l'on faisait à un corps susceptible de se relever

Le récit provient d'un extrait du livre « Killing the Dead: Vampire Epidemics from Mesopotamia to the New World », écrit par l'historien John Blair, professeur émérite d'histoire médiévale et d'archéologie à l'université d'Oxford. Blair décrit tout un ensemble de mesures prises contre des personnes que l'on croyait vampires :

  • Certains tranchaient la tête du défunt.
  • D'autres posaient des faucilles en travers de leur cou.
  • Beaucoup étaient placés face contre terre dans leur tombe.
  • Dans une tombe en Pologne, les restes d'un garçon ont été retrouvés avec un cadenas de fer autour du pied.

Une autre sépulture en Pologne a été retrouvée avec un soc de charrue, la lourde lame d'une charrue, enfoncé dans la poitrine de la personne. À côté de ces mesures, les récits décrivaient une chose plus étrange encore : manger les organes d'un vampire présumé et boire son sang, ce que le titre du récit appelle « boire le sang du cadavre mélangé à de la vodka ». Le récit qualifie cette pratique de supposée, ce qui signifie qu'il s'agit de ce que les histoires affirmaient, et non de quelque chose présenté comme prouvé.

L'imprimerie a transformé des récits dispersés en une peur partagée

Blair retrace la manière dont l'imprimerie a changé la circulation de ces récits. À quelques mentions anciennes et sporadiques ont succédé un ensemble de discussions théologiques et philosophiques entre environ 1580 et 1610. À partir des années 1670, le volume de débats et de commentaires savants et historiques imprimés n'a cessé de croître, pour atteindre son apogée en 1732. À cette époque, le mot « vampire » était encore relativement nouveau, et le public de lecteurs avait été nourri de tant de discussions fragmentées et répétitives qu'il réclamait un véritable ouvrage de référence sur le sujet.

Le moine qui a rassemblé les récits

Cette demande a été satisfaite en 1746, lorsque l'érudit bénédictin Dom Augustin Calmet, moine et chercheur, a publié son étude sur les êtres surnaturels. Le livre a rapidement été réédité en plusieurs éditions, dont une anglaise en 1759. Sa section sur les vampires est devenue l'ouvrage universitaire le plus influent jamais publié sur le sujet, selon Blair, et son approche directe, fondée sur les preuves, se distinguait après une longue série de travaux de plus en plus dérivés.

Le livre de Calmet a inspiré toute une famille de disciples et de vulgarisateurs qui ont porté ces récits vers un lectorat bien plus large. Un exemple en est « Histoire des vampires et des spectres malfaisants » — History of Vampires and Malevolent Specters —, un livre de poche publié en 1820 qui a remballé Calmet pour le grand public. Blair note que le livre de Calmet reste la source ultime d'une grande partie de la littérature vampirique moderne en Europe et en Amérique, qu'elle soit fictive ou présentée comme historique.